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Salle de théâtre à l'italienne

En adaptant au théâtre le livre éponyme de Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature 2015, Julie Deliquet nous propose une plongée dans les atrocités de la Seconde guerre mondiale.

Elles sont neuf femmes de générations différentes, assises en ligne sur le devant de la scène. Pendant une heure, elles répondent aux questions de la dixième comédienne, incarnant Svetlana Alexievitch elle-même. Nous sommes en 1975 et la jeune reporter veut rompre le silence qui pèse sur l’expérience des femmes pendant la guerre. Loin de la version officielle, elle cherche à saisir les témoignages sensibles des femmes embarquées sur le front. La mise en scène est simple, frontale et spontanée. Les comédiennes sont si justes que j’en oublie le théâtre, je les écoute et pour moi tout est vrai.

Puis les femmes se lèvent, se déplacent dans cet appartement communautaire des années 1970 reconstitué sur scène. Elles s’engueulent, s’effondrent, se soutiennent, incapables de se mettre d’accord sur un récit unique. Certaines veulent protéger la mémoire de la Résistance, la version officielle du parti. D’autres veulent enfin faire entendre ce qu’elles ont vécu. Le désaccord n’est jamais résolu, elles s’opposent mais jusqu’au bout elles réussissent à se parler. C’est là l’une des grandes forces de ce récit. Et d’un seul coup, l’une d’entre elles se met à chanter. Puis les autres suivent. Le choeur de femmes reprend des chants du front, le temps se suspend dans la salle et les larmes coulent.

On les écoute parler de leur corps, de leur peur, de leur famille, de l’amitié, de l’amour. Si le ton est parfois léger, la plongée dans l’horreur et la violence est abrupte. Le témoignage de ces femmes qui pour la première fois s’exprime sur les discriminations, la torture et les viols subis est cru et glaçant. Certaines sortaient à peine de l’enfance, d’autres étaient déjà mariées. Toutes nous racontent le mépris voire la violence à leur retour dans la société civile. Elles se racontent victimes, mais aussi combattantes, amies, stratèges. L’écriture nous offre ainsi des personnages complexes et absolument réalistes.

La pièce dure deux heures et quart et pourtant, quand les lumières de la MC2 se rallument, on voudrait rester dans cet appartement et continuer à les écouter.

Auteur/autrice

sarah.babut@laposte.net

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